29 Janvier 2017

Voici un nouveau site en français au sujet du linceul de Turin.

En 2007, je lançais un site en anglais à propos du linceul de Turin à sindonology.org. Plusieurs de mes correspondants de pays francophones, dont la France et le Canada, préfèrent consulter des sites en français. Il est vrai que les traducteurs automatiques, dont Google Translate, n'arrivent pas à produire une traduction de l'anglais au français suffisamment agréable à lire. Ce qui m'a incité à créer ce nouveau site.

Je crois aussi qu'il serait, dans un premier temps, plus adéquat de présenter en français les nombreux documents historiques du Linceul provenant de la France : les manuscrits de la collégiale de Lirey, les inventaires des reliques de la Sainte-Chapelle de Paris, les travaux de Paul Vignon, les textes de Geoffroy de Charny qu'il publia de son vivant, et encore plus. Il y a aussi les nombreux articles qui ont été publiés en français à propos du Linceul, mais qui sont souvent difficiles d'accès. D'ailleurs, l'entrée suivante présente un tel document: un article d'Hilda Leynen, disponible dans son intégralité sur ce site, accompagné d'un résumé personnel.

Ainsi, je plannifie de publier de nombreux textes et manuscrits à propos du Linceul en français, historiques ou autres, sur ce site.

Ce site fait aussi un lien au « Shroud Scope » qui permet de voir et d'analyser des images hautes définitions du Linceul. Cette application a été rebaptisée « Linceul Scope ». Je n'ai toutefois pas encore traduit en français les textes descriptifs du « Shroud Scope ». Cette traduction sera probablement faite lors d'une mise à jour de cette application.

Ce site ne reprend pas dans leur intégralité ce qui est présenté à sindonology.org. Toutefois, il y aura probablement quelques documents et photos identiquement reproduits sur ces deux sites.

La première entrée qui suit traite d'un article publié en 1992 à propos du passage du Mandylion à la Sainte-Chapelle de Paris, et surtout d'un lien fort probable entre le linceul de Turin et le Mandylion. Surtout que cet article se fonde sur des documents historiques solides. Un article à lire pour quiconque s'intéresse à l'histoire du linceul de Turin.


29 Janvier 2017
Page couverture de l'article « À Propos du Mandilion » d'Hilda Leynen.

Cette première entrée de ce nouveau site en ce début de l'année 2017 est à propos d'un article rarement discuté dont, à ma connaissance, aucune copie n'existe sur la grande toile. C'est aussi un article très peu diffusé, disponible seulement dans quelques bibliothèques en Europe et au Canada. Pour l'histoire du linceul de Turin, son titre en dit déjà beaucoup: «  À propos du Mandilion » [Leynen].

Le Mandilion, le plus souvent transcrit « Mandylion », est souvent représenté par un linge imprimé du visage du Christ. Ainsi, le Mandylion a une similitude fondamentale avec le linceul de Turin, bien que le Linceul ait une image complète frontale et dorsale d'un corps. L'origine du Mandylion est très ancienne, car selon la légende d'Abgar, il aurait été envoyé par le Christ vivant. Il passa par Édesse avant d'arriver à Constantinople en août 944. Ainsi, le Mandylion est aussi appelé l'« Image d'Édesse ». Une ressemblance n'implique nullement une égalité, mais celle-ci devient fortement probable quand de nombreux documents historiques sont analysés en détail.

Hilda Leynen
(11 janvier 1922 - 14 août 1997)

L'auteur « À propos du Mandilion », Hilda Leynen (11 janvier 1922 - 14 août 1997), compléta cet article à la fête de Noël 1991, et publié en 1992 dans la revue Soudarion de l'association belge Lijkwade Genootschap, dont l'intérêt principal est le linceul de Turin. Cet article décrit l'arrivée, et la présence, du Mandylion à la Sainte-Chapelle de Paris. C'est à ma connaissance le premier article décrivant dans le contexte du linceul de Turin les inventaires de la Grande Châsse dans laquelle avait été déposé les vingt-deux reliques reçues de Constantinople. C'est la thèse du passage du linceul de Turin par la Sainte-Chapelle de Paris.

Le Père Dubarle publia de nombreux détails sur cette thèse de la Sainte-Chapelle de Paris [Dubarle], dont une partie des travaux d'Hilda Leynen, après le décès de cette dernière. Le Père Dubarle fait référence à cet article en mentionnant une compulsion des inventaires de la Grande Châsse des reliques de la Sainte-Chapelle. Toutefois, les inventaires complets, et utilent pour l'analyse de la présence du Mandylion à la Sainte-Chapelle, ont été transcrits et publiés par Alexandre Vidier [Vidier, 1907; Vidier, 1908], mais sans cette analyse pointue d'Hilda Leynen.

Le Mandylion est mystérieux, car on n'en connaît aucune présentation public ni à Constantinople ni à Édesse, bien que le reliquaire du Mandylion était, selon un récit écrit à Constantinople au Xe siècle, exposé publiquement à Édesse. Le Mandylion, provenant d'Édesse, arriva à Constantinople le 15 août 944 et lors de la prise de la ville par les Croisés en avril 1204, le Mandylion était gardé dans la chapelle de Notre-Dame du Phare du palais du Boucoléon. Cette chapelle renfermait de nombreuses reliques chrétiennes dont plusieurs de la passion du Christ: la Couronne d'épines, une grande partie de la vraie Croix, le titulus, et plus encore.

Robert de Clari, un des Croisés français de la quatrième croisade, qui a probablement visité la chapelle du Phare, décrit le reliquaire du Mandylion, mais ne décrit pas le Mandylion lui-même (Voir [Dufournet] LXXXIII, 5). Il avait été grandement ébloui par la richesse du palais du Boucoléon. Il dénomma la chapelle du Phare par « Sainte Chapelle ». En 1203, il vit un « Sydoines » (un linceul) à l'église de Notre-Dame Sainte-Marie des Blachernes, situé dans la partie nord de Constantinople (voir [Dufournet] XCII, 35). Ce linceul était imprimé d'une image du corps du Christ. Il n'est pas impensable que le Mandylion ait été transféré temporairement à cette église et que Robert de Clari aurait en fait vu le Mandylion imprimé du corps du Christ, mais sans faire un lien entre ce dernier et ce linceul qu'il décrivait.

Après la prise de Constantinople par les croisés en avril 1204, le palais du Boucoléon est occupé par les Français. En 1238, l'empereur de Constantinople, Baudoin II, ayant des difficultés financières, accepte de céder la Couronne d'épines à saint Louis. Celle-ci est aujourd'hui gardée dans le trésor de l'église Notre-Dame à Paris. Baudoin II acceptera de céder à saint Louis vingt-deux reliques de l'église du phare, transférées en trois étapes entre 1239 et 1242 à Paris. Un document officiel signé par l'Empereur, présente la liste complète de ces reliques. Elles furent transférées en 1248 à la Sainte-Chapelle de Paris, construite pour recevoir ces reliques. Selon toute vraisemblance, le Mandylion était l'une de ces reliques, mais les chanoines de la Sainte-Chapelle n'utilisent pas ce terme pour le décrire. Le document de Baudoin II utilise plutôt l'expression « Sanctam toellam, tabulae insertam », une Sainte Toile insérée dans une table. De toute évidence, les officiels Français à Paris ainsi que ceux de Constantinople ne voient aucune image sur la toile. L'idée même d'une toile imprégnée de l'image du Christ leur est inconnue. One ne peut les blâmer, car les Évangiles ne le mentionnent pas, et aucune tradition bien établie en Occident n'existe à ce sujet. Il est aussi évident que le terme Mandylion est totalement inconnu des Français de l'époque. C'est la cause principale de la perte d'intérêt à cette relique lors de son passage à la Sainte-Chapelle : on ne connaissait aucune fonction claire à cette relique, bien que pour chacune des autres reliques, une fonction claire et distincte lui était attribuée.

Pour mieux comprendre ce texte il faut aussi se référer à d'autres documents, dont le reçu d'Humbert de Villersexel décrivant les reliques se trouvant à Lirey en 1418 et la notice « Pour Scavoir la vérité », écrit autour de 1525. Ce sera des présentations futures sur ce site web. Il faut aussi se référer à la totalité des inventaires de la Grande Châsse pour mieux comprendre leur contenu, ce qui nécessite un document beaucoup plus long.

Je vous invite à lire cet article très important sur l'histoire du Linceul, publié par Hilda Leynen. La section suivante résume l'article avec des commentaires additionnels pour éclairer des points obscurs.

Résumé de l'article de Hilda Leynen

L'article propose que la Sainte Toile qui arriva à Paris en 1241 fût le Mandylion, ce que la plupart des historiens spécialistes acceptent, et que celui-ci fût le linceul de Turin, ce que la plupart de ceux-ci rejettent. Notez que peu de spécialistes ont fait une étude détaillée des inventaires de la Grande Châsse contenant les reliques de Constantinople à la Sainte-Chapelle de Paris, en particulier du reliquaire du Mandylion. C'est évidemment une lacune importante qui démontre que cette thèse nécessite une plus grande diffusion.

La partie droite de la première page de l'article reproduit la page couverture présentant l'arrière de la Grande Châsse où les grilles et portes sont ouvertes pour laisser voir les reliquaires. Le devant de la Grande Châsse, d'où on ne pouvait apercevoir les reliquaires, était visible en permanence dans la Sainte-Chapelle. De plus, la Grande Châsse était placée sur une plateforme surélevée, et sous un baldaquin, derrière l'autel (voir la représentation de la page 9 de l'article) de la Sainte-Chapelle de Paris. Le public ne pouvait voir les reliquaires sans que la Grande Châsse soit pivotée sur elle-même et que les grilles et portes soient déverrouillées et ouvertes. Jusqu'en 1631, seul le roi avait les clés de la Grande Châsse.

La partie gauche de la première page du document PDF reproduit séparément les reliquaires de la Grande Châsse. L'objet numéro 18, marqué par une flèche pointant vers la gauche, est le reliquaire du Mandylion. Ce reliquaire est placé sous le socle du reliquaire de la pointe de la Sainte Lance. Ce positionnement démontre le peu d'intérêts portés à cette relique. On peut croire que cette disposition des reliquaires ne changea pas durant de nombreux siècles et qu'il est possible qu'elle ait été la disposition initiale des reliquaires dans la Grande Châsse en 1248.

Les premières pages de l'article présentent un résumé de l'histoire du Mandylion; la description du « Sydoine » par Robert de Clari vu à l'église des Blachernes à Constantinople en 1203; des tractations de l'empereur de Constantinople, Baudoin II, en utilisant les reliques chrétiennes en gages à des prêts pour financer la protection militaire de Constantinople; et le transfert des reliques du Moyen-Orient à Paris après une entente financière avec saint Louis.

La présentation des inventaires des reliques de la Grande Châsse débute à la page 8 par une description d'une relique et de son reliquaire de l'inventaire de 1328 (inventaire dénoté « A » par Alexandre Vidier [Vidier]): « Un écrin de bois peint où il y a une grande relique sans étiquette ». Le texte ne mentionne pas que la relique est une toile, mais cette description est attribuée à la Sainte Toile et à son reliquaire, car on ne peut l'attribuer à aucun autre reliquaire connu de la Sainte-Chapelle. En effet, le terme « de bois peint » laisse peu d'options possibles et le terme « sans étiquette » sous-entend qu'on ne connaît pas la fonction de cette relique, ce qui élimine toutes les autres reliques de la Grande Châsse. Si cette description est attribuée à la Sainte Toile, elle serait grande, et cohérente avec le linceul de Turin. Cet inventaire de 1328 est avant l'apparition du Linceul à Lirey. Puisque le prochain inventaire disponible est en 1534, et que cet inventaire ne mentionne plus de toile, ces inventaires sont cohérents avec la thèse de la provenance du Linceul de la Sainte-Chapelle.

L'inventaire de 1534 (dénoté « L » par A. Vidier), présenté à la page 11, laisse voir l'ambarassement des officiels qui ont eu peine à retrouver une et une seule des reliques de la Grande Châsse. La toile n'est plus présente et les officiels font cette modification incompréhensible en transformant le mot « toella » à « trelle » (treillis en français moderne). Il semble que cette modification cache le fait qu'aucune toile, autre que les morceaux de textiles mentionnés dans certains reliquaires, n'a pu être trouvée dans aucun reliquaire. C'est clairement le point tournant dans la démonstration que la Sainte Toile, c'est-à-dire le Mandylion, a disparu de la Sainte-Chapelle; et cela après l'apparition du Linceul à Lirey.

Un résumé du récit des trois transferts des reliques, du Moyen-Orient à Paris, écrit par Gérard de Saint-Quentin-en-l'Île, est un ajout non paginé entre les pages 12 et 13. Selon cet auteur, le deuxième transfert se fait en passant par la Syrie où les Templiers gardaient certaines reliques de Constantinople, un fait rarement mentionné par les chercheurs soutenants la thèse que les Templiers avaient le Linceul. En fait, on ne connaît aucune relique que ceux-ci n'auraient pas remise contre le dépôt monétaire remboursé. On voit ici que les Templiers étaient plus intéressés à l'argent qu'aux reliques. C'est de ce deuxième transfert que la Sainte Toile arriva à Paris.

Les pages 13 et 14 traitent des représentations des Véroniques. Selon l'auteur, les treillis souvent reproduits dans ces représentations ne pourraient faire référence à une résille utilisée pour contenir la Sainte Toile, car peu pratique. H. Leynen rejette la théorie avancée par Ian Wilson voulant qu'une telle résille, avec une ouverture pour ne montrer que le visage, ait été utilisée.

À la page 16, H. Leynen propose une tentative d'explication de la note obscure de l'inventaire de 1534 à propos de la « trelle consommée » dans l'image du portrait du Christ dans le fond du reliquaire de la Sainte Toile. Elle y voit la possibilité que la représentation de la Véronique fût devenue obscure à cause d'un enduit de résine. En fait, je crois qu'il y a méprise, car l'inventaire ne décrit pas une difficulté à identifier l'effigie, mais plutôt à décrire ce treillis dans l'effigie.

La description du reliquaire de la Sainte Toile dans l'inventaire de 1740 (dénoté « R » par A. Vidier) est partiellement présentée à la page 18. Il est possible de reconstituer en partie le reliquaire de la Sainte Toile en utilisant cette description. Et le reliquaire de la Pierre du Sépulcre, dont une partie est encore au Musée du Louvre à Paris, nous livre indirectement d'autres détails sur le reliquaire de la Sainte Toile. Trois reconstitutions de ce reliquaire sont présentées à la fin de l'article, page 23. Toutefois, H. Leynen ne mentionne pas le fait remarquable, pour cet inventaire de 1740, que les officiels décrivent chaque reliquaire et sa relique, mais se refuse à identifier une relique pour ce reliquaire. Ainsi, les officiels se rendent à l'évidence qu'il n'y a plus de relique dans le reliquaire de la Sainte Toile, c'est-à-dire qu'aucune toile n'y est présente.

À la page 18, H. Leynen propose que les deux vaisseaux d'or suspendus dans la chapelle du Phare à Constantinople, mentionnés par Robert de Clari dans son récit de la quatrième croisade, aient été le reliquaire de la Saint Toile et le reliquaire de la Pierre du Sépulcre. Cette seconde attribution apparaît téméraire, mais n'est pas impossible. La majorité des auteurs attribuent plutôt le reliquaire du Kéramion au second vaisseau.

La page 19 montre que le reliquaire de la Sainte Toile, telle que décrite dans l'inventaire de 1740, est suffisamment grand pour contenir le linceul de Turin. (Note: il y a une erreur de notation, le « 4,30 cm » doit plutôt être lu « 430 cm »; de même pour « 2,15 cm », qui est plutôt « 215  cm ».)

Les dernières pages 20 et 21 mentionnent le transfert du Linceul à Geoffroy de Charny et la notice « Pour Scavoir la vérité ». Cette notice relate que le roi Philippe VI donna le Linceul à Geoffroy de Charny. H. Leynen propose qu'il ne s'agisse pas de Philippe de Valois, mais plutôt de son fils Jean le Bon, mais sans donner de raison précise. Ce don ne peut avoir était fait de la façon relatée par la notice, mais pourrait avoir eu lieu avant la tentative de reprendre Calais, car Philippe VI était mort après la libération de Geoffroy de Charny. Un moment propice serait en avril 1349, date à laquelle Geoffroy et Philippe VI se rencontrent à Melun, où des reliques de la Sainte-Chapelle sont apportées de Paris. C'est aussi durant cette période que Geoffroy écrivit au Pape pour obtenir des indulgences additionnelles pour les pèlerinages à la future chapelle de Lirey.

Références

  1. Hilda Leynen, À propos du Mandilion, Soudarion, 1992.
  2. André-Marie Dubarle et Hilda Leynen, Histoire ancienne du linceul de Turin, Tome 2, 944–1356, François-Xavier de Guibert, 1998.
  3. Alexandre Vidier, Le Trésor de la Sainte-Chapelle, 1re partie, Mémoires de la société de l'histoire de Paris et de l'Île-de-France , Chez H. Champion, p 199–324, vol 34, 1907.
  4. Alexandre Vidier, Le Trésor de la Sainte-Chapelle, 2e partie, Mémoires de la société de l'histoire de Paris et de l'Île-de-France , Chez H. Champion, p 189–339, vol 35, 1908.
  5. Jean Dufournet, Robert de Clari, La conquête de Constantinople, Collection Champion Classiques, Honoré Champion, 2004.